Lu et approuvé

Du 18 au 25 septembre 2009


« Le continent africain entre dans la mondialisation par le bas, en absorbant les déchets que vos pays riches auraient du mal à recycler sans nos comportements de mimétismes et extravertis. La structure et la dynamique des marchés locaux, ruraux et urbains, en sont bouleversées.

Le phénomène est mondial, j’en conviens. Je me permets toutefois de rappeler l’une des dimensions appauvrissantes et aliénantes de l’ouverture au marché, qui nous est présentée comme incontournable. Si tel est le cas, l’Occident expansionniste et inconséquent peut s’attendre à des flux migratoires toujours plus importants, des gens déracinés culturellement par la faute d’une mondialisation irresponsable et stupide.

Dans un ordre mondial responsable et décent parce que respectueux des droits humains les plus élémentaires, la Côte d’Ivoire par exemple n’aurait pas eu à s’ouvrir les veines pour approvisionner le marché mondial de tant de cacao, de café et de bois, pendant que sa propre population, en majorité jeune, s’appauvrit de jour en jour, s’exile ou se réfugie dans la revendication ethnique, la religion et / ou la violence sous diverses formes.

Dans le même ordre d idées, le Mali, pays sahélien, et enclavé, ne se serait pas donné tant de mal pour produire une quantité considérable de coton, qu’il vend difficilement parce que ceux-là mêmes qui l invitent à l’ouverture économique inondent le marché. Les Maliens n’auraient pas eu besoin de s’exiler en si grand nombre en Europe et ailleurs, ni d’endosser vos vieux vêtements, ni de dormir dans vos vieux draps dans l’espoir de rêver vos rêves. Les artisans-tisserands , senoufos , peuhl ou bamanan, qui peuplent encore nos campagnes et qui de leurs mains , confectionnent des textiles de qualité , ne seraient pas entrain de galérer à Bamako en attendant un improbable visa pour vos contrées .

L’ordre économique ne nous dépouille pas seulement des richesses de nos sols et nos sous sols, qu’il rétribue mal, il nous vole surtout notre âme et notre dignité, nous n’aspirons qu à vivre debout. Nous nous mondialisons en vous imitant dans les moindres détails, en nous déguisant. C’est ainsi que vos grandes entreprises peuvent prospérer et gagner la bataille de la compétitivité. C’est ainsi que vous équilibrez vos balances des paiements en déséquilibrant les nôtres. Cette supercherie qui dure depuis trop longtemps (traite négrière, conférence de Berlin, post-colonisation ….) n’autorise plus la communauté internationale, qui ne le sait que trop, à pleurnicher sur le sort de l’Afrique.

Elle ne vous donne pas davantage le droit de juger de nos démocraties et de nous dire comment nous devrions démocratiser nos sociétés. Dépossédés des richesses de nos sols et sous-sols, de nos savoirs et savoir-faire, nous de serons plus dans un proche avenir que des peuples qui se saisiront des armes justes pour survivre. »

Extraits du livre de Aminata Traoré “ Lettre au President des français à propos de la Cote d’Ivoire et de l’afrique en général “ pages : 87, 88 , 89

Présentation vidéo le vendredi 18 septembre 2009 à 18h30
En présence de l’artiste.
Vidéo du 18 au 25 septembre
Exposition "Derrière le masque" continue jusqu’au 30 septembre

Kan-si à la Galerie Tortor Kan-si à la Galerie Tortor

« The African continent enters into globalization from below, absorbing the waste that you rich countries would have difficulty recycling if it were not for our own initiative and unpredictable behaviour. In this way, the structure and dynamic of the local urban and rural markets is seriously compromised.

The phenomenon is world wide, I agree. However, I would like to focus on one of the dimension of the open market, presented as being inevitable, that impoverishes, that alienates. If it is so, the expansionist West can expect an ever greater influx of immigrants, people who culturally uprooted due to an irresponsible, mindless globalization process.

In a world order that showed responsibility, and that respected the most basic of human rights, the Ivory Coast would not have to rip itself apart in order to supply the world market with products such as cocoa, coffee and wood, while its own people, mostly young, get poorer every day, and are forced to move , or turn to ethnic or religious contentions and /or violence in various forms.

Equally, Mali, a landlocked country in the Sahel without access to the sea, would not have worked so hard to produce significant quantities of cotton which subsequently it cannot sell because those same economic powers that invite Mali to join the open economy are flooding the market. The people of Mali would need to emigrate in such great numbers to Europe or elsewhere, nor wear our old clothes, not sleep beneath our old blankets, hoping to dream like us.The textile artisans Sénoufos, Peuhl, Bamanan, who are still working in our countryside and still create quality textiles by hand, would not be relegated to Bamako, the capital of Mali, waiting for an improbable visa in order to reach your cities.

The prevailing economic order not only robs us of the riches of our lands, which gives back, but also robs us of our dignity. We enter into the global world imitating you, masking our real selves. That is how your great companies can prosper and win the battle of competition. That is how you balance your budgets and disrupt ours. This outrage, that has gone on too long (Slavery, Berlin conference, Post-colonisation…) prevents the international community from being moved by the plight of Africa .

All the more reason why you have no right to judge our democracies, or tell us how we should make our society democratic. Robbed of the riches of our lands, of our knowledge and of our experience, in the near future our only resort will be to take up arms, just to survive “

Kan-si Kan-si
Video- Textinstallation im Deutschlandhaus, Berlin, 21. 01. – 12. 02. 2006 - Foto : Christian Hanussek
Interview : http://www.raaderum.com/?page_id=150


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